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Ousmane Sonko Inspecteur des Impôts et Domaines et leader du PASTEF: « Le PSE est tout sauf un plan de développement »


Ousmane Sonko Inspecteur des Impôts et Domaines et leader du PASTEF: « Le PSE est tout sauf un plan de développement »
Le Sénégal dispose avec le Plan Sénégal Emergent (PSE) d’un référentiel unique des politiques publiques. Comment appréciez-vous ce plan ?



D’abord, il faut rappeler que la planification est un outil de développement très utile. Le gouvernement du Président Macky Sall a donc le mérite d’essayer de produire un instrument de conduite de sa politique économique, à travers le Plan Sénégal Emergent (PSE). Toutefois, l’émergence ne se décrète pas et le PSE est tout sauf un plan de développement.

Car, il n’a aucune prise sur la réalité économique et sociologique de notre pays. Un plan de développement est basé sur une étude technique, elle-même fondée sur une analyse économique et une vision politique. Sous ce rapport, le PSE, tel qu’il nous est conté, est un leurre qui cache encore bien des mécomptes. Il n’est basé ni sur un modèle de planification de cohérence, ni sur un modèle de planification d’optimalité. D’abord, son processus d’élaboration laisse à désirer. Toute planification doit commencer par la définition des objectifs par l’autorité politique.

Or, force est de constater que le Président Macky Sall n’a jamais fixé d’objectifs stratégiques dans le cadre de l’élaboration du PSE. Les objectifs dégagés par l’autorité servent de base pour la détermination des cibles quantitatives de croissance, de création d’emplois, de réduction de la pauvreté. Il revenait aussi au Président Macky Sall de fixer, entre les objectifs de développement, les priorités afin d’orienter les planificateurs dans l’arbitrage en cas de divergence. La non implication de l’administration est aussi à déplorer car la planification s’intègre dans l’administration d’un pays.

On a aussi noté le coût exorbitant du PSE qui a coûté aux contribuables sénégalais plus de 4 milliards de francs. Et malgré tout, son contenu est laconique et se caractérise par l’insuffisance de la prévision économique. Avant toute chose, le PSE devait mesurer les ressources rares disponibles sur la période du plan, à savoir les recettes de l’Etat, les revenus de l’exportation, le capital étranger, le nombre de travailleurs spécialisés, etc. Il s’y ajoute l’oubli de l’évaluation des stimulants à l’investissement, notamment le problème de compétitivité.

Car le mal qui ronge le plus notre économie est la cherté des coûts de production : énergie, main-d’œuvre, financement, etc. Or, ce problème est insuffisamment diagnostiqué ou posé par le PSE. Sous cet angle, on peut dire que le PSE est un bon programme de politique électorale : les populations enthousiastes aux grands chantiers et à la piqure de rappel économique ne manqueraient pas de plébisciter le régime. Ainsi, il ne serait pas exagéré de rebaptiser le PSE en Plan de Secours Electoral.

Le PSE vise l’horizon 2035 alors qu’il y a des urgences sociales. Alors, comment concilier les deux ?


Le PSE se fixe un horizon de 35 ans. Cette durée anormalement longue est la preuve qu’il n’est pas fondé sur une vision politique. Le Président Macky Sall ne peut pas engager les générations futures. La durée raisonnable d’un plan de développement est de 5 ans. Au bout de cette période, l’on procède aux réglages et ajustements nécessaires pour l’élaboration du plan suivant. Déjà, il est difficile de prévoir avec précision l’avenir d’un pays sur 5 ans ; vouloir donc le faire sur 35 ans relève de l’amateurisme.

Au mieux, ils auraient dû parler de prospective et non de plan. Le Président Macky Sall a refusé de continuer les programmes de développement qu’il a trouvés sur place, tels que la Stratégie de croissance accélérée, le Document de politique économique et social, qu’il n’a d’ailleurs fait que plagier. Pourquoi alors, son remplaçant devrait-il se mettre à exécuter son plan ? Mais la question que vous soulevez traduit aussi la manière dont nos décideurs conçoivent et conduisent les politiques publiques, en huis clos, sans aucune implémentation populaire. Un peuple qui ne comprend pas les enjeux, qui ne peut évaluer la situation du pays et qui n’a aucune information sur les objectifs et les actions, ne peut évidemment pas participer à l’effort physique et moral de construction nationale. Et c’est à juste titre qu’il réclame la réalisation des promesses électorales démagogiques.

Concernant les grands projets, certains pensent que l’autoroute Ila Touba n’est pas prioritaire. Etes-vous de cet avis ?


Bien entendu. Dans un pays aux ressources aussi limitées, le choix des investissements doit rigoureusement répondre aux critères de pertinence, de rentabilité économique et sociale, d’opportunité et de priorité. Sous Abdoulaye Wade, on a eu droit à des hérésies telles que le Monument de la Renaissance ou encore le Festival des art nègres qui ont englouti des milliards alors que le régime peinait à assurer une production et une distribution correctes de l’électricité aux ménages et aux entreprises. Ce débat, en dépit de la sensibilité et la passion qui s’y attachent (à raison de la dimension religieuse de la ville de Touba), mérite d’être posé.

C’est l’exemple typique d’un investissement lourd, non productif et inopportun. J’aimerai bien que le ministère des Finances rende publique l’étude de rentabilité de ce projet pour apprécier le retour sur investissement. L’autoroute Dakar-Diamnidio reste sans conteste l’une des meilleures réalisations du régime libéral. D’abord, parce qu’elle répondait à une demande très forte d’usagers asphyxiés par l’exiguïté de la seule voie qui s’offrait pour entrer et sortir de la presqu’ile du Cap Vert. Ensuite, l’hypertrophie (économique et administrative) de cette presqu’île y concentrait un trafic automobile permanent représentant peut-être plus de 50% du trafic national. C’est là quelques éléments qui expliquent le succès que connait cet ouvrage. Même s’il faut déplorer la nébuleuse qui entoure sa gestion aujourd’hui alors que 84,4% des 368 milliards de son financement ont été supportés par le contribuable sénégalais.

Dans un pays où le pouvoir d’achat est très faible, le recours des usagers à l’autoroute à péage est un luxe qui s’impose « presque » par nécessité. Comparée à l’autoroute Ila Touba, financée sur un prêt de 416 milliards, il est légitime de se poser quelques questions. D’abord, quelles contraintes de trafic entend résorber cette autoroute ? Le Président Macky Sall lui-même n’a justifié ce choix que par le souci de faciliter le déplacement pour le Magal de Touba, évènement qui n’intervient que sur 5 à 7 jours dans l’année. Encore que les goulots et autres embouteillages notés sur l’autoroute Dakar-Diamniadio pendant les grandes fêtes comme la Tabaski relativisent cette évidence. Ensuite, quelle sera la rentabilité et donc le retour sur investissement ?

Un usager qui, en empruntant la route nationale gratuite, est sûr d’arriver à bon port sans encombre et presque en même temps que l’usager de l’autoroute, consentira-t-il à débourser 3 700 francs CFA qui peuvent valablement combler d’autres urgences ? Enfin, quel est l’impact économique attendu de cet ouvrage, comparé à celui qui résulterait du désenclavement d’un vivier économique comme la Casamance ? En réalité, on est encore dans la démagogie et le rattrapage politicien, puisque le candidat Macky Sall avait commis l’imprudence de traiter les autorités religieuses de « citoyens ordinaires ». Certainement, les vestiges de sa formation communiste. Mais la communauté concernée n’est pas dupe.

L’ancien Premier ministre Mamadou Lamine Loum a soutenu que les deniers publics sont géographiquement mal répartis, que les fonds spéciaux sont une source de désordre financier et qu’il y a une exagération dans les décrets d’avance. Partagez-vous son analyse ?

Je partage très largement ses observations. Il y a en effet une inéquitable répartition des dépenses et politiques publiques dans ce pays et ce, depuis l’indépendance. Cela a conduit d’ailleurs à l’hypertrophie de la capitale du fait de l’exode massif des populations de l’intérieur qui ne trouvent ni travail, ni infrastructures ni services sociaux de base chez elles. Je sais que c’est une préoccupation chère à Monsieur Loum. Je me souviens d’un entretien que nous avons eu où il imaginait le scénario - invraisemblable certes dans un pays africain - suivant lequel, des populations intenteraient un procès contre l’Etat devant une juridiction interne ou internationale pour traitement discriminatoire et inégalitaire des citoyens.

Le plus inquiétant, c’est que cette fracture risque de se creuser davantage avec des projets aussi impertinents que le pôle urbain de Diamniadio. Si l’on n’y prend garde, plus de la moitié de la population nationale se concentrera dans une mégalopole compacte allant de Dakar à la région de Thiès, soit moins de 5% du territoire. S’agissant des décrets d’avance, je n’ai pas les statiques exactes de leur fréquence et de leur volume. Toutefois, il faut rappeler que depuis 2001, une directive de l’UEMOA a réglementé leur usage. Ils ne sont désormais envisagés qu’à titre exceptionnel car les transferts excessifs de crédits d’un chapitre budgétaire à un autre relèvent quelque part d’un « détournement » du pouvoir législatif budgétaire.

Au meilleur des cas, ils révèlent une mauvaise programmation budgétaire justifiant des réaménagements urgents. Rappelons d’ailleurs que les excès constatés sous le règne de Wade avaient conduit au limogeage d’un ministre du Budget qui, en réalité, n’était que le bouc émissaire d’un système. Le régime actuel, pour sa défense, n’a trouvé rien d’autre à dire qu’il en fait recourt cinq fois moins que celui de Wade en fin de règne. Ce qui, en soi, est un aveu, pour un régime si attaché aux slogans de «rupture» et de « gouvernance sobre et vertueuse».


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Mardi 16 Mai 2017
LVDPS.INFO


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1 Commentaire - 18/05/2017 - LVDPS.INFO








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