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LES SYSTÈMES DES CASTES AU SÉNÉGAL : CERTES SUBISSANT D’IMPORTANTS CHANGEMENTS MAIS QUE CERTAINS DE LEURS ASPECTS RÉSISTENT ENCORE À L’ÉVOLUTION.




Depuis la période préislamique, le Sénégal comme beaucoup d’autres pays ont connu une hiérarchisation de leurs populations. Allant des classes supérieures à celles dites inférieures, ces dernières peuvent se distinguer partir de la division sociale du travail, de l’hérédité, de l’endogamie et de la professionnalisation. C’est ainsi que Cheikh Anta Diop nous dira que « le système est né d’une division du travail, mais sous un régime politique avancé, monarchique, car on ne trouve jamais de castes sans noblesse. Cependant, il est fort probable que la spécialisation dans le travail qui a abouti à l’hérédité du métier dans le système des castes à l’échelle familiale et individuelle s’est élaboré depuis l’organisation clanique »[1].

La stratification sociale révèle deux systèmes à partir desquels s’effectue la hiérarchisation sociale : le système des castes et le système des ordres.

En effet, ces deux types de classifications sociales caractérisent beaucoup de sociétés et au Sénégal c’est surtout dans la société wolof que l’on peut appréhender ces systèmes.

Ainsi pour mieux cerner notre sujet, nous allons d’abord contextualiser le système des castes, ensuite, montrer ces différents niveaux de changement et enfin, voir certains de ces aspects qui résistent à ce changement.

Contextualisation

Au Sénégal, deux castes sont à noter en milieu wolof : les guers et les gnégno.

Les guers constituent la caste supérieure. Il s’agit des non-artisants de la société wolof. Leur spécialisation professionnelle étant mal vue, l’artisanat leur est interdit. Ce sont essentiellement des agriculteurs et accessoirement des éleveurs. Les guers développent une aversion par rapport aux métiers manuels, mais ils restent attachés à certaines valeurs morales et auxquelles ils donnent un dévouement exemplaire. Ces valeurs sont :
- le jom ou l’honneur qui désigne la responsabilité de sa personne et de ses lignages.
- le kersa ou la pudeur qui est la retenue dans l’acte et la parole.
- le yar qui est la bonne éducation

Les gnégno constitue le groupe inférieur dans la stratification sociale du travail en pays wolof. Ils sont subdivisés en trois grandes sous castes correspondant à la façon dont ils gagnent quotidiennement leur pain : on note les jef-lekk, les sab-lekk et les gnoole.

II. les principaux facteurs de modification des système de castes.


L’examen des facteurs qui mettent en à l’épreuve cette stratification est bien présenté par Abdoulaye Bara Diop, dans son ouvrage, La Société wolof, tradition et changement, Paris,Karthala,1981.

Cet auteur évoque l’islamisation et la modernisation comme les processus qui ont bouleversé sans la dompter, la structuration en castes. De la société wolof. L’auteur a introduit selon lui une révolution égalitaire dirigée contre ces sociétés à castes. Mais la résistance sociale fut aussi décisive. Il nous apprend que : « l’islam, quelle que soit son importance, ne pouvait par sa seule force idéologique bouleverser le système des castes le réduire. Les grands marabouts, issus de leur immense majorité de la caste supérieur des guers, ne sont pas mobilisés pour faire prévaloir le principe égalitaire ; ils avaient même intérêt au maintien des castes avec les transformations mineures qu’il avait subies, dans la mesure où ils créaient un système qui, malgré sa nouveauté dans son fondement et ses principes, se reproduit en instituant à son tour une hérédité religieuse »[2]. En effet, l’islam développe une idéologie d’égalité et de fraternité entre tous les croyants qui ne peuvent être distingués que par le degré de piété. Il ne saurait y avoir de différenciation basée sur d’autres critères comme la naissance en particulier. Donc l’idéologie de castes ainsi que tous les systèmes qui la sous-tendent devrait donc être remis en cause par l’islam.

Quant à l’économie marchande qui est un vecteur constitutif de la modernisation, elle a encouragé la libération sociale des castes inférieures, a mis en cause le principe de réciprocité entre les castes et a modifié les rapports entre les castes. Ainsi, défend-il « les castes ont cessé de déterminer la spécialisation professionnelle et fonctionnelle des personnes. Elles sont devenues inopérantes à ce niveau essentiel, constituant comme l’infrastructure objective du système »[3]. Les relations interpersonnelles tendent à se dissoudre devant les rapports marchands plus neutres. A ce niveau, un phénomène important concerne les professions organisées par le système des castes sous une forme héréditaire mais que des changements profonds ont affectées. On constate la réduction, la disparition même de branches artisanales devant le développement de l’industrie.

III. Quelques survivances du systèmes des castes.
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Il faut retenir que même si les systèmes de castes ont connu des bouleversement du à de nouveaux facteur comme l’avènement de l’islam, l’économie marchande qui se caractérise par la monnaie au détriment du troc( ancien système d’échange), certains aspects continuent de se faire voir dans nos sociétés castes.

Les gnégno, malgré l’islamisation, peuvent difficilement se marier en dehors de leurs castes. Nous avons vus que certains d’entre eux se sont spécialisés dans les études religieuses pour devenir marabout, abandonnant la pratique des métiers traditionnels. Cette reconversion c'est-à-dire dans le domaine matrimonial, par la création de sous- groupes ayant une tendance à l’endogamie mais pratiquant assez couramment l’hupergamie, à l’intérieur, cependant, de la caste. C’est ainsi que des tëgg(forgerons), devenus de père en fils, lettrés musulmans et marabout refusant de se marier avec les membres de leurs castes restés artisans et , surtout, de leur donner des épouses. Il en est de même avec les griots devenus ràbb, qui se considèrent comme socialement supérieur aux géwël. Mais cette promotion sociale se traduit par un rétrécissement de l’isolat au niveau des sous- groupes par un renforcement de l’endogamie et non pas sons élargissement hors de la caste.

Lb[es relations de clientèle n’ont également pas disparu, elles se maintiennent même en persistant en milieu rural et profitent encore largement aux gnégno et aux griots en particulier, dont une bonne partie des ressources peut provenir des échanges socioéconomiques traditionnels (réciprocité), et principalement des dons. Mais « devant le caractère général mercantile de l’économie moderne, qui n’a pas été épargné du milieu rural, cette forme de relation d’échange entre caste est marginal et constitue une simple survivance »[4]. Elle se pratique de manière privilégiée lors des cérémonies sociales donnant lieu à des conduites ostentatoires : dons de prestige des guers récompensant les gnégno de leurs louanges. L’échange socioéconomique entre castes se limite donc essentiellement aujourd’hui à cet aspect cérémoniel et ostentatoire.

Au niveau professionnel, les gnégo sont encore seul dans l’artisanat traditionnel qu’ils réussissent encor à exercer en ville, malgré la concurrence industrielle, en parvenant à moderniser leurs techniques et à s’adapter aux goûts de la clientèle : ils sont bijoutiers, cordonniers ; les ràbb sont nombreux dans la maroquinerie, les maabo dans la vannerie. On les rencontre aussi en grande nombre dans l’artisanat moderne : menuiserie métallique, horlogerie, tapisserie…

Conclusion

En définitive, depuis l’avènement des castes et des ordres, monarchique, caractérisées par l’existence d’une hiérarchie sociale constitutive de systèmes d’inégalité, et de domination, nos sociétés ont eu à fonctionner sous cette stratification. Mais sous l’influence se l’islamisation et de la modernisation des sociétés, beaucoup d’aspects de ces systèmes des castes vont disparaître. Ainsi à l’instar de cette apparente permanence des changements importants qui ont affecté les sociétés, particulièrement le système religieux, qui conserve une actualité et manifeste un dynamisme, on peut appréhender certaines survivances des castes dans certains évènements cérémoniels comme les mariages et les baptêmes ou au niveau professionnel de nos sociétés modernes.

Bibliographie :
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Dumont Louis, homo hierarchicus. Essai sur le système des castes, Paris, Gallimard, 1966,445p.

Diop Abdoulaye Bara, La société wolof, tradition et changement, Paris, Karthala, 1981,359p

Diop Cheikh Anta, L’Afrique Noire traditionnelle, Présence africaine, Paris, 1960.

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Dimanche 21 Mai 2017
LVDPS.INFO


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1 Commentaire - 18/05/2017 - LVDPS.INFO








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