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DE LA TAFIATISATION À LA TISIMONISATION DE LA PRÉSIDENCE HAÏTIENNE : COMMENT EN SOMMES NOUS ARRIVÉS-LÀ ?




Haïti devient, sans surprise, la lanterne rouge de la liste des pays qui ont du mal à se mettre sur la voie du développement durable après maintes tentatives d’échec pour soutenir une tradition de stabilité politique et démocratique. Cela revient tout bonnement à pointer du doigt les pratiques de nos dirigeants politiques qui ne cessent de projeter, pendant plus d’un quart de siècle, à travers le monde l’image des hommes qui s’accusent d’un énorme déficit en termes de vision et de leadership politique. Aujourd’hui, le pays en paie le frais. Nos institutions étatiques les plus prestigieuses sont détruites. N’importe qui se place dans des postes dans l’administration publique. Donc, on se demande comment en sommes nous arrivés-là ?

Aujourd’hui, Il est temps de nous rendre compte que le pays s’embourbe dans une profonde crise de valeur caractérisée par la faillite de nos institutions contraintes dans leur processus de renouvellement et de production des modèles sociaux. Une réalité qui est dure à accepter. Car, Il n’existe aucun pays au monde qui a connu un niveau de développement socio-économique durable sans une vision politique de planification sociale tournée vers la rationalisation des institutions étatiques. Tout projet de développement d’une nation s’aperçoit et se conçoit à travers une logique de rationalité des institutions dont elle dispose, qui s’enracine dans une dynamique régulatrice des liens sociaux inscrite dans une perspective d’harmonisation du corps social. En l’absence de cette politique de gouvernabilité institutionnelle, aucun développement n’est possible sinon la dérive dont les conséquences se tournent vers la désarticulation des liens sociaux plongeant ainsi le pays dans l’anomie totale.

Etant soumises aux règlements intérieurs qui garantissent aux citoyens par le droit du travail le moyen d’atteindre leurs bonheurs, les institutions nationales sont liées à une obligation de cohésion sociale qui favorise la transmission des valeurs transcendantales de la société d’une génération à l’autre. Cette conformité intergénérationnelle est nécessaire en vue de rendre cohérent les actions humaines et sociales qui façonnent le comportement de l’être. Etant donné que le comportement des individus devraient découler de certaines institutions sociales et politiques, il est plus que normale qu’elles aient à leur tête des hommes ayant cru à certaines valeurs éthiques et morales, des hommes qui ne recourent pas au népotisme, au clientélisme, et au banditisme politique comme moyen pour faciliter l’enrichissement de leurs familles, leurs petits clans, au détriment des institutions étatiques.

Toujours dans cette même perspective, la constitution haïtienne de 1987 n’en déroge pas à la règle. En faisant le chef de l’Etat responsable de la bonne marche des institutions, elle était claire sans le citer du profil des personnalités qui devraient tenir la destinée de cette nation.
Au dessus de tout individu, veiller à la bonne marche des institutions étatiques, de telles attributions ne seraient imputées à un individu qui a connu un passé troublé et frustré. Il devrait être un exemple, doué d’une forte personnalité en qui l’on a confiance qu’il exercera sa fonction dignement, et que son comportement n’influencerait pas la gestion des choses publiques. Il éviterait toute forme de pratiques politiques qui lui aurait servi à instrumentaliser les institutions publiques à ses fins personnelles. De telles pratiques sont de natures à entraver ces institutions dans leurs productions des modèles et des valeurs sociales.

Tel n’est pas le cas en Haïti. Nos institutions publiques sont soumises rigoureusement aux influences abusives et instrumentales de nos Chefs d’Etat. Elles ont été chimerisées, tafiatisées et aujourd’hui, tisimonisées. Et les conséquences de telles dérives sont bien connues : la systématisation de la corruption, la patrimonialisation des biens de l’Etat, la paupérisation de la classe moyenne et défavorisée, l’ascension des hommes de mains dans des postes stratégiques qui exigent un certain nombre de qualification. Donc, on assiste, à travers leurs politiques, un désagrégement systématique des hommes compétents dans les administrations publiques au profit des thuriféraires du pouvoir dont la seule mission se tourne vers la consolidation du pouvoir politique pendant des années aux fins de l’établissement d’une dynastie. Malheureusement, ce pouvoir actuel ménage déjà sa monture pour cette aventure dynastique destructrice. Et c’est dommage pour un pays qui n’a cessé de connaitre des chefs d’Etat armés de cette conception merdique, anachronique, et anti-démocratique.

A rappeler que toutes les institutions publiques haïtiennes, du point de vue de droit administratif, sont créées, quelles que soient leurs natures, en fonction d’une loi cadre qui définit leur forme d’organisation, qui lui confie une mission donnée permettant de répondre à un besoin spécifique. Et pour atteindre ces objectifs, elle définit les types de compétences appropriées. Les lois haïtiennes en la matière fixent la mission des instituions publiques ainsi que les procédures à suivre pour le recrutement des cadres. Au regard de la constitution haïtienne de 1987 non amendée relative à la fonction publique dans ses articles 234 et suivant, il est dit que : « l’administration publique haïtienne est l’instrument par lequel l’Etat concrétise ses missions et objectifs. Pour garantir sa rentabilité, elle doit être gérée honnête et efficacité. La loi réglemente sur la base de l’aptitude, du mérite et de la discipline. Elle garantit la sécurité de l’emploi (Art 236.1). La fonction publique est une carrière. Aucun fonctionnaire ne peut être engagé que par voie de concours ou autres conditions prescrites par la constitution et par la loi, ni être révoqué que pour des causes spécifiquement déterminées par la loi. Cette révocation doit être prononcée dans tous les cas par le contentieux administratif art 236.2».

Historiquement, l’instrumentalisation de nos institutions ne date pas aujourd’hui. Il faut reconnaitre que la chimérisation de nos institutions publiques a été un début annonciateur d’une phase critique qu’entrait le pays après 1986, un premier coup qui allait subitement fragiliser nos institutions démocratiques. Le parlement haïtien a suivi les vagues, envahi par des narco-trafiquants, des bandits de toutes sortes, et des personnalités à moralité douteuse. Et après, s’en est venue logiquement le tour de la présidence du pays, tafiatée et tisimonisée.

En fait, il faut s’inscrire la Présidence de René Gracia Préval et Michelle Martelly dans un contexte de crise de valeur qui secoue le pays depuis ses trente dernières années. Il n’est d’aucun doute que les générations d’antan cautionneraient de tels choix. Des hommes, avant leur ascension à la magistrature suprême du pays, étaient connus d’avance pour leur comportement déviant et immoral. Leurs noms étaient associés à des activités mafieuses et criminelles. Paradoxalement, ce passé noirceur leurs a fait du bien. Ils lui ont valu le pesant d’or ; le pouvoir pour s’enrichir. Et Le peuple devient le plus grand perdant par son amnésie. Voilà donc un problème majeur qu’il faut penser à résoudre si l’on veut réellement parler d’un autre Haïti pour ne pas reconduire ces canards boiteux pour répéter Guy Bajoit.

A une certaine époque de l’histoire haïtienne, Il ne suffit pas seulement d’être intellectuel voire de grands propriétaires terriens pour se faire un nom dans la société. La moralité et l’honnêteté avaient primé sur tout. La tradition voulait que l’on se réfère au passé de l’individu et sa famille pour qu’il accepte dans des certaines postes dans ce pays. Tout a changé au cours du temps. Et les conséquences nous en savons tous ; nos institutions prestigieuses regorgent des impudeurs, des immoraux, des voleurs, des corrupteurs, et des violeurs.

Haïti d’aujourd’hui ; moins on est éduqué, plus on a chance de devenir Sénateurs, Députés voire Président. Il est clair qu’un simple regard sur le passé suffirait pour comprendre l’impressionnante dégradation du pays sur le plan du choix de nos représentants. A l’époque, cette société honorait les efforts et la mobilité sociale s’aperçoit à travers la compensation de certains intellectuels dans le parlement haïtien et dans d’autres institutions publiques. Par leurs modesties remarquables, ces hommes n’avaient pas en tête l’enrichissement comme finalité. Ils s’accrochaient plus au prestige lié à l’exercice de cette fonction. Le choix d’un élu s’est vu comme un honneur ou une récompense à sa crédibilité et à sa moralité. Les représentants des provinces étaient les mieux formés choisis sur la base de leur niveau intellectuelle et leur moralité en référant à leurs origines sociales basant sur la représentation de leurs familles dans la communauté.
Aujourd’hui, l’inverse est bien vrai. La moralité ne tient pas. Les mieux formés ont mal vu. Par conséquent, beaucoup d’entre eux ont gardé un profil bas sinon laisser le pays pour un temps indéterminé. La banalité y bat son plein. Le peuple ne fait plus confiance aux intellectuelles du pays. Et c’est dur pour un pays qui a peu de ressources mais qui anime par ce sentiment intellectophobique. Car, aucun développement réel n’est possible dans un pays sans qu’ils ne soient initiés par des hommes bien formés qui ont une certaine connaissance claire de la gestion du pouvoir politique. Des élites éclairées qui incarnent la conscience du peuple.

L’Intellectophobie dont souffre le peuple nous laisse croire que le changement n’est pas pour demain, n’en déplaise à ceux-là qui restent attachés à une nouvelle Haïti est possible. Il nous en reste beaucoup a faire et encore des années pour redonner confiance à ce peuple. Car, ce fossé de délabrement social est si grand qu’il est difficile de le combler dans un peu de temps d’autant plus que le peuple ne choisit pas ses représentants sur la base de programme et de visons politiques. Le sentimentalisme du peuple en est un véritable obstacle à la vision chère que nous enchérissons tous. Mais sans vouloir être pessimiste, la réalité objective, surtout à la lumière d’une approche prospectiviste non prophétique, me prend grandement le dessus d’autant plus que des institutions comme les medias et l’université n’ont pas encore envoyé le signal d’alarme.

Sylvens Alfred
7864872501.
alfredsylvens@ymail.com

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Lundi 15 Août 2016
LVDPS.INFO


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